Biographie

satprem

Roger Anger a grandi avec le rêve de devenir chirurgien et non architecte. Né à Paris le 24 mars 1923, il était le cadet des trois fils de l'avocat Henri Anger. Du fait de la deuxième guerre mondiale, il entra en apprentissage à l'atelier de Capello, un artiste d'Antibes, au lieu de poursuivre des études. Impressionné par les dessins et les peintures de Roger Anger, Capello lui suggéra de s'inscrire en architecture, discipline pour laquelle il montrait une aptitude innée.

Les années de formation

Au cours de ses années préparatoires, Roger Anger passa deux ans à Nice dans l'atelier de l'architecte de renom Paul Jacques Grillo, installé par la suite aux États-Unis et auteur de l'ouvrage Form, Design and Architecture, devenu un classique. Après avoir réussi l'examen d'entrée, il s'inscrivit à l'École des Beaux-Arts de Paris où il obtint son diplôme en 1947.

Le début d'une agence

roger anger 2

C'est en 1957, après le grand succès de la salle d'exposition qu'il réalisa pour les Manufactures de verre Boussois sur le boulevard Haussmann à Paris, que l'agence d'architecture prit une soudaine expansion. Ce projet spectaculaire représenta un tournant dans sa carrière. Pour le projet , indépendamment de l'excellence accomplie dans l'ensemble de la conception et des détails, la matérialité du verre fut explorée et appliquée de façon extrêmement innovante et magistralement illustrée par une cage d'escalier entièrement en verre qui faisait la démonstration du potentiel structurel du matériau. On ne peut imaginer plus approprié pour la salle d'expositions d'un fabricant de verre. La salle d'exposition de Vittel et la boutique au numéro 100 des Champs-Élysées sont d'autres exemples de projets d'aménagement intérieur et décoration remarquables. À partir de là, l'agence de Roger Anger commença à attirer les promoteurs privés qui fournirent la plupart de ses commandes. Dans le contexte du renouveau urbain de Paris à cette époque, ces projets étaient le plus souvent des logements à grande échelle, en périphérie. Edmond de Rothschild, Ben Jakobert et Sassons, directeurs de la promotion immobilière de Cogifrance, furent parmi ses clients les plus importants.

roger anger 1

La recherche approfondie sur la conception des bâtiments se faisait avec des dessins en perspective, des maquettes d'études à différentes échelles ainsi que des maquettes de détails pour étudier certaines parties des projets en particulier. L'agence se trouvait au début avenue Franklin Roosevelt, puis rue Ordener et finalement au 8, rue Brémontier jusqu'à sa vente en 1983, lorsque Roger Anger se retira de l'agence et que Mario Heymann continua avec Hughes Jirou, un neveu de Charles Cianferrari.

En 1961, Roger Anger fut invité à participer à un concours très prestigieux avec trois autres participants dont Le Corbusier. Ce fut l'un des événements les plus mémorables de sa carrière. L'architecte se souvient : « Le Corbusier a été ma source d'inspiration. Il était un génie dans l'utilisation des formes. Il ne regardait pas vers le passé, seul le futur l'intéressait, il était résolu et audacieux dans ses conceptions. On aurait pu l'appeler le père de la nouvelle architecture, tout comme Picasso fut le père de la peinture moderne. Ce fut pour lui un grand moment que d'être en compétition avec quelqu'un qu'il admirait tant. Pourtant, ce concours ne connut jamais d'issue. Après le dépôt des projets, il ne fut malheureusement désigné aucun vainqueur par suite du changement de gouvernement et de l'abandon complet du projet.Roger Anger fut membre du comité de rédaction du magazine L'Architecture d'Aujourd'hui, du milieu des années soixante jusqu'au début des années soixante-dix, avec entre autres collaborateurs Georges Candilis (1913-1995), Jean Renaudie (1925-1981) et Claude Parent (né en 1923).

Faits marquants

roger anger 3Roger Anger se rendit régulièrement en Inde à partir de 1956 avec sa femme, Françoise Morisset, qui s'intéressait de plus en plus à l'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. Elle était la petite fille de Mirra Alfassa, connue plus tard sous le nom de Mère qui s'était installée à Pondichéry en 1920 et avait la charge de cet ashram. Le premier projet que Roger Anger conçut pour elle fut un complexe sportif pour l'ashram. Il ignorait alors que, plusieurs années plus tard, elle lui offrirait un projet, Auroville, qui allait changer complètement sa vie. En 1965, il accepta d'être l'architecte en chef d'Auroville. Alors qu'il commençait à faire des allers-retours entre Paris et Pondichéry pour présenter les différentes étapes d'avancement de son travail sur Auroville, son atelier parisien se consacrait à la construction des trois tours de l'île Verte, à Grenoble.

Auroville avait pris une telle place dans l'agence de Roger Anger que deux de ses principaux collaborateurs, Puccinelli et Heymann, furent directement impliqués dans la création des concepts alternatifs pour le plan de la ville. C'est en 1967 que le projet pour l'Ile Verte reçut le Premier Prix International d'Architecture de Bruxelles. Il fut reconnu comme le plus remarquable résultat d'un travail d'équipe entre Roger Anger, Pierre Puccinelli et Mario Heymann et comme le point culminant de leur recherche. En 1968, le concept du plan d'Auroville fut approuvé et l'inauguration de ce projet eut lieu le 28 février de la même année sur le sol désertique et érodé du district de Villanur, dans le Tamil Nadu. Des jeunes de 125 nations participèrent à ce grand événement soutenu par l'UNESCO. Roger Anger a reçu d'autres prix : le Prix de Beauté de Paris, en ile de France, une médaille d'argent au Prix de l'Académie des Architec­tures et une autre médaille d'argent au Prix de la Ville de Paris.

L'agence en Inde

En 1967, Roger Anger créa un bureau à Pondichéry. En 1973, ce bureau déménagea à Auroville, dans l'ancienne cuisine collective d'Aspiration, la première communauté planifiée en tant qu'implantation provisoire. Plus tard, il fut transféré dans le bâtiment originellement conçu pour une unité de production de polyester. Une nouvelle unité appelée Auroservice d'Auroville fut créée avec Pashi Kapur comme directeur-fondateur, à la période où le travail à d'autres projets de villes nouvelles en Inde était entrepris pour soutenir financièrement la planification d'Auroville. Roger Anger, comme beaucoup de visionnaires, dut faire face à de nombreux obstacles au cours de la réalisation de ce projet.

Après la disparition de Mère en 1973, le projet d'Auroville entra dans une période de turbulences durant laquelle le développement de la ville s'immobilisa. Roger Anger se retira pour plusieurs années en 1978.

Le Château du Crestet

roger anger 4Au moment où il se retira d'Auroville, il prit aussi du recul par rapport à sa vie à Paris et décida en 1980 de restaurer un ancien château en ruine dans le Sud de la France, surplombant un charmant village appelé Le Crestet. Il avait déjà reconstruit un château pour lui-même à Théméricourt, mais en comparaison Le Crestet était une véritable ruine. Il s'engagea dans un travail de reconstruction qui allait durer des années. Il continua à se rendre en Inde mais garda ses distances par rapport à Auroville tout en suivant l'évolution de son développement.

En 1984, Roger Anger retourna à Auroville après une interruption de six ans, percevant que le climat s'était amélioré et que ses travaux pourraient reprendre. Bien que son travail fût officielle­ ment reconnu, Roger Anger eut à faire face à de nombreuses dif­ficultés dues au manque de ressources humaines, d'argent et de soutien professionnel, ainsi qu'à l'indisponibilité des terrains et au manque d'infrastructures. Son rôle et son autorité furent égale­ ment remis en question par quelques habitants d'Auroville, et il fut dans l'impossibilité d'accélérer l'urbanisation dont on lui avait donné la responsabilité. Plutôt que de produire des plans détaillés pour la ville et de reprendre son rôle d'architecte en chef, il se consacra principale­ ment à créer des conditions favorables à la croissance de la ville. Son objectif était d'établir un système de gouvernance capable de promouvoir le développement d'Auroville. Roger Anger continua à partager sa vie entre Le Crestet et Auroville où il se rendait deux fois par an. Il consacra tout son temps à travailler au développement et à l'urbanisation future d'Auroville. Dans son ermitage, son château sur la colline, il produisit des plans et des maquettes dans une atmosphère de concentration et de réclusion avec la seule aide de sa compagne, Jacqueline Lacoste.